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	<title>Romantisme Noir &#187; Ouvrages</title>
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		<title>Les Seigneurs du Chaos, par Michael Moynihan &amp; Didrik Soderlind</title>
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		<pubDate>Sat, 11 Aug 2007 20:27:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Ouvrages]]></category>

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		<description><![CDATA[Moynihan et Soderlind sont des auteurs atteints, comme beaucoup d’autres, par la manie de la filiation patchwork, figure de style apparemment incontournable dans le rock, qui donne l'impression de se retrouver à une cérémonie des Césars. Les quatre premiers chapitres sont ainsi consacrés aux racines du genre. On y apprend que le guitariste Robert Johnson l'un des pères du blues... ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><strong><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-316" title="pentagramme" src="http://www.romantisme-noir.net/wp-content/uploads/2007/08/pentagramme-150x150.jpg" alt="pentagramme" width="150" height="150" />Le Black Métal dans tous ses Eddas</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Moynihan et Soderlind sont des auteurs atteints, comme beaucoup d’autres, par la manie de la filiation patchwork, figure de style apparemment incontournable dans le rock, qui donne l&#8217;impression de se retrouver à une cérémonie des Césars.</p>
<p style="text-align: justify;">Les quatre premiers chapitres sont ainsi consacrés aux racines du genre. On y apprend que le guitariste Robert Johnson l&#8217;un des pères du blues était suspecté d&#8217;avoir vendu son âme, que les Stones sont forts inquiétants de même que Led Zep et Deep Purple&#8230; On regrette que les auteurs aient oublié de mentionner Annie Cordy qui nous a quand même offert le blasphématoire et antichristique La bonne du curé. En l&#8217;écoutant à l&#8217;envers, on pourrait sûrement déceler « viole et tue Bécassine ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Que le Black Metal s&#8217;enracine dans la tradition du blues n&#8217;est pas faux si l&#8217;on déploie l&#8217;histoire du rock mais l&#8217;historique en question est inutile et parfois inexact. Cette longue introduction n&#8217;a en réalité comme mérite que de souligner une dialectique ambiguë filée tout au long de l&#8217;ouvrage : les auteurs reprennent d&#8217;une main ce qu&#8217;ils donnent de l&#8217;autre. Je m&#8217;explique : dès la préface Moynihan et Soderlind annoncent un parti pris d&#8217;objectivité. On leur aurait même reproché leur complaisance : « <em>Il faut dire qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un livre radical, radical au sens propre du terme (qui provient du mot latin &#8216;radix&#8217; signifiant racines). Il explore les racines du sujet de manière objective. Il n&#8217;est pas de notre devoir de porter des jugements sur les sujets abordés [...] Cette réticence à critiquer ouvertement les personnes dont nous parlons et que nous avons interviewées a parfois consterné les critiques&#8230; </em>»</p>
<p style="text-align: justify;">Or, s&#8217;il est vrai que d&#8217;un côté, l&#8217;ouvrage laisse la parole aux musiciens et aux incriminés, évite autant que possible les raccourcis et les explications faciles, multiplie les points de vue et les interviews, d&#8217;un autre côté, il aurait pu s&#8217;intituler « Faits divers plus ou moins rattachés au BM » avec une église cramée en couverture, celle de Fantoft. Les chevaux tirent la carriole à hue et à dia. La prétérition, la prudence et la multiplication des points de vue côtoient un champ lexical où impie, mal, satanique, etc. viennent truffer le texte comme des fruits confits.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai même pensé vous pondre la critique dans la même tonalité, quelque chose comme : « <em>Les deux auteurs au style ampoulé et racoleur parviennent à rester objectifs et honnêtes. Du bon travail. Ce pavé voyeuriste s&#8217;applique en effet à envisager différents angles d&#8217;approches. On pourrait bien sûr dire que c&#8217;est un monument de désinformation où l&#8217;on oublie la musique pour satisfaire un public nourri au scabreux mais nous nous garderons bien de le dire </em>».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Une mention spéciale pour ce passage : « <em>Le black metal reprend la structure de base du heavy metal le plus violent et le transforme en un pur mélange de haine musicale. Afin d&#8217;embrouiller encore plus les auditeurs imprudents, certains groupes de black metal se sont mis à enregistrer de la musique qui pourrait être qualifiée à juste titre de &#8216;belle&#8217;&#8230; </em>». Oooh les fourbes ! Faire de la belle musique pour embrouiller le public !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;"><strong>Varg Vikernes, sa vie son œuvre</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Un gros tiers de l&#8217;ouvrage est consacré à Vikernes au point qu&#8217;on finit par se demander si après avoir été un groupe à lui tout seul, les auteurs ne tendent pas à en faire l&#8217;incarnation humaine et unique du BM. Pour ceux qui auraient raté cet épisode pourtant fort médiatisé :</p>
<p style="text-align: justify;">En 1984 le guitariste Oystien Aarseth fonde son propre groupe de Métal : Mayhem, et change son pseudo de Destructor pour Euronymous (le prince des morts). A cette époque, Mayhem qualifie sa musique de « Total Death Metal ». Les membres optent pour le look porc-épic et le maquillage panda. Le succès est local mais immédiat.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En 1991, le chanteur, Dead, se suicide en se faisant sauter la cervelle. Il laissera un mot devenu légendaire « désolé pour le sang ». C&#8217;est Euronymous qui découvre le corps. Avant de prévenir les autorités, il prend des clichés du cadavre pour « les utiliser dans le prochain album de Mayhem ». Sur sa lancée, il récupère quelques bouts de crânes pour faire un collier et prélève de la cervelle pour goûter.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;histoire fait le tour du milieu BM norvégien. Le ton est donné et la mort de Dead recyclée en coup médiatique. Dans les interviews, Euronymous prétend que Dead s&#8217;est suicidé à cause de l&#8217;évolution de la scène Death et Black, devenue trop « à la mode ». Il proclame qu&#8217;il faut faire une séparation entre les groupes de vrai Black Metal, et les « poseurs » qui ne respectent pas l&#8217;esprit réellement violent du Metal. Remotivé, il se recolle à son label de disque, qu&#8217;il rebaptise <em>Deathlike Silence Productions</em>, et ouvre également son propre magasin de disques, Helvete, une petite boutique qui sert aussi de point de rencontre à tous les amateurs de Black Metal en Norvège. Le noyau dur des habitués sera appelé le Black Circle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pendant ce temps, un certain Christian Vikernes (qui fera changer son prénom en « Varg ») monte sous le pseudo de Count Grishnackh sa propre formation, Uruk-Hai. Il rejoint le Black Circle d&#8217;Euronymous avec lequel il sympathise, change le nom du groupe en Burzum, signe avec Deathlike Silence Productions, s&#8217;installe au sous-sol du magasin avec son nouveau pote. Tout se passe bien un temps si ce n&#8217;est que ces joyeux drilles se montent la tronche contre le christianisme et décident de jouer de l&#8217;allumette.</p>
<p style="text-align: justify;">La première église à brûler sera celle de Fantoft, près de Bergen, mais d&#8217;autres suivront. Il faut savoir qu&#8217;en Norvège, la plupart des églises sont en bois &#8211; ça flambe bien, le bois. Euronymous se vante de connaître les auteurs des incendies. Il est arrêté puis relâché faute de preuve, et démontre une fois de plus que tout est recyclable en publicité. Mais ils en font trop. Vikernes et Euronymous donnent ensemble une interview au magazine anglais Kerrang !, dans laquelle ils expliquent ouvertement les activités de l&#8217;Inner Circle, et se définissent même comme faisant partie d&#8217;une organisation nommée « Satanic Terrorists ». Finalement Euronymous sera obligé de fermer sa boutique Helvete.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le 11 août 1993 Oystien Aarseth alias Euronymous est retrouvé mort dans l&#8217;escalier de son immeuble le corps transpercé de 23 coups de couteaux. Après quelques jours d&#8217;enquêtes et de dénonciations Varg Vikernes et son complice Snorre (Thorns) sont arrêtés. Les raisons de ce meurtre restent encore inexpliquées. D&#8217;ailleurs Varg s&#8217;occupe depuis à réécrire l&#8217;histoire, changeant de version tous les deux ou trois ans suivant le fil de sa propre évolution. En 1994, à l&#8217;issue de son procès, Vikernes qui a plaidé l&#8217;auto-défense est condamné à 21 ans de prison pour meurtre avec préméditation, Snorre à 8 ans.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les incendies et les profanations de tombes qui les ont accompagnés véhiculent une idéologie antichrétienne, ce n&#8217;est pas le cas du meurtre d&#8217;Euronymous, règlement de compte personnel, qui a bien entendu était identifié par la presse comme « sacrifice sataniste ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Fidèles à leur parti pris d&#8217;objectivité, nos deux auteurs explorent les motivations de Vikernes, plantent le contexte, donnent la parole aux protagonistes, présentent divers versions, précisent bien que le meurtre d&#8217;Euronymous n&#8217;est pas imputable au BM ni à la religion, qu&#8217;il faut faire la part des choses&#8230; Pour quelques pages plus loin le qualifier de crime « sataniste inhérent au black metal ». It makes me wonder&#8230; Comme dirait le diabolique, impie et maléfique Robert Plant.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;"><strong>Satan reconnaîtra les siens</strong></p>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: justify;">En prison Varg Vikernes &#8211; oui, encore lui, entreprend de rédiger le <em>Mein Kampf </em>norrois : <em>Vargsmal</em> (la chanson de Varg), fonde le Front Païen Norvégien, et fait changer son patronyme pour Quisling, le nom du chef d&#8217;état norvégien allié d&#8217;Hitler. Il déclare adorer désormais Odin et&#8230; Vouloir rendre la Norvège aux vikings ? Extrait d&#8217;interview : « <em>Regardez le ciel, il est bleu, la mer est bleue, les fleurs sont bleues et mes yeux sont bleus. Au delà du ciel il y a les étoiles, c&#8217;est la sagesse éternelle (&#8230;) Tout commence par les yeux bleus. Si je regarde des personnes aux yeux marrons, c&#8217;est un peu comme si je regardais leur cul ; le marron c&#8217;est la couleur de la merde</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà scellée la destinée du BM. Il sera païen et raciste. Les interviews de musiciens qui suivent restent plus ou moins dans cette tonalité. Rien d&#8217;original dans les propos tenus. Passons.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le neuvième chapitre est tout entier consacré à l&#8217;étude de l&#8217;<em>Oskoreï</em>, la chasse sauvage ainsi qu&#8217;à l&#8217;analyse lacano-symbolique du prénom Varg (loup, criminel, etc.). Ces passages me laissent perplexe, les auteurs comparent les hordes de beuhmeus déferlant sur le monde avec l&#8217;armée des morts de ce cher Odin. Or cette image n&#8217;est pas spécifiquement scandinave mais plutôt un archétype universel, un cliché de la « sauvagerie », ce qui laisse songeur quant à la pertinence et aux buts de l&#8217;analyse : s&#8217;agit-il de lier ontologiquement l&#8217;imagerie du BM et le paganisme scandinave ?</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;ouvrage présente ensuite le cas du meurtre commis par les membres du groupe Absurd que je ne vais pas détailler ici. Une fois de plus, le crime est dû à des motifs personnels et artificiellement rattaché au BM. S&#8217;ensuit un tour d&#8217;Europe des faits divers, quelques profanations par ci, assassinats par là, etc. La rigueur n&#8217;est plus de rigueur. On retrouve le bon vieil esprit tabloïd qui faisait presque défaut jusque là.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: center;"><strong>Wotan en emporte le vent</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">A la question « pourquoi avez-vous brûlé des églises ? », Vikernes répond : « <em>Fantoft (&#8230;) est construite sur un autel païen, c&#8217;est du blasphème. Il y a un cercle naturel là-bas et la croix a été mise par dessus (&#8230;). Voilà pourquoi il faut soutenir les incendies d&#8217;églises car quand une église brûle, on peut se dire &#8216;maintenant on va pouvoir aller explorer ce qu&#8217;il y avait dessous&#8217; </em>».  Et dire qu&#8217;on l&#8217;accuse de malveillance alors que sa seule préocupation est de soutenir le travail des archéologues. Ce que les gens sont médisants !</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ceux qui seraient tentés de suivre l&#8217;ami Vikernes sur ce terrain, précisons que les anciens Scandinaves n&#8217;avaient ni temple ni lieu de culte de ce genre, qu&#8217;ils ne connaissaient ni la prière, ni la contemplation et encore moins la méditation&#8230; Fantoft n&#8217;a donc rien remplacé du tout. Leur religion étant devenue extrêmement peu consistante, les Vikings &#8211; marchands par excellence, avaient pris l&#8217;habitude de se soumettre à la Prima Signatio (sorte de baptême au rabais) pour commercer avec les Etats chrétiens; ils connaissaient donc le christianisme avant même la conversion officielle des pays scandinaves. Conversion qui, contrairement à des mythes farouchement défendus par certains néo-païens, n&#8217;a pas été forcée mais librement consentie par les élites scandinaves pour des raisons à la fois économiques, sociales et politiques (voir les études de Régis Boyer à ce sujet).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;une des questions récurrentes de l&#8217;ouvrage : qu&#8217;est-ce qui, dans le contexte religieux norvégien a permis ou favorisé les passages à l&#8217;acte ? Trop de pression ? trop de sel ? pas assez de beurre ? encore un peu de lait ?  Question qui reste sans réponse. Heureusement, parce qu&#8217;on oublie au fil des pages que le « phénomène social », malgré un effet de contagion, reste plutôt isolé. Trois couillons dans une échoppe qui ne savent pas quoi faire de leurs allumettes ne méritent pas une thèse de sociologie. Ensuite parce que si un jour un type trouve la formule miracle, l&#8217;équilibre parfait permettant d&#8217;éviter toute forme de débordement, c&#8217;est moi qui lui fais sauter la tête. Les auteurs se retiennent de proposer une conclusion préférant placer une envolée lyrique sur le feu. En ce qui me concerne, je préférerais quelque chose comme « fuck Vikernes » et vive le Black Metal libre !</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-317" title="seigneurs_chaos_couv" src="http://www.romantisme-noir.net/wp-content/uploads/2007/08/seigneurs_chaos_couv.jpg" alt="seigneurs_chaos_couv" width="193" height="280" /></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>Black metal satanique : les seigneurs du chaos</em> est la traduction francaise et l&#8217;édition revue et augmentée du livre original <em>Lord of Chaos : The Bloody Rise Of Satanic Metal Underground</em> écrit par Michael Moynihan et Didrik Søderlind. Sa traduction a été effectuée par Sylvia Rochonnat (de Camion Blanc). Editions Camion Blanc, 2003 (réédition de 1998)</p>
</blockquote>
<p><strong>© Melmothia 2007</strong></p>
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		<title>De la Mastication des morts dans leurs tombeaux, Michaël Ranft</title>
		<link>http://www.romantisme-noir.net/46/de-la-mastication-des-morts-dans-leurs-tombeaux-michael-ranft/</link>
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		<pubDate>Sat, 10 Mar 2007 09:24:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'article du mois]]></category>
		<category><![CDATA[Ouvrages]]></category>

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		<description><![CDATA[En 1728 un philosophe du nom de Ranft rédige un ouvrage intitulé De masticatione mortuorum in tumulis pour répondre à cette question fondamentale : les morts mâchent-ils en faisant du bruit avec la bouche, et si oui, faut-il s’en inquiéter ? Voilà pour la grande interrogation de notre philosophe. En ce qui me concerne, ce serait plutôt « pourquoi les chaussettes vont toujours par trois ? »... ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><a href="http://www.romantisme-noir.net/wp-content/uploads/2007/03/buried-alive.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-53" title="buried-alive" src="http://www.romantisme-noir.net/wp-content/uploads/2007/03/buried-alive.jpg" alt="" width="189" height="189" /></a>Les incorruptibles</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 1728 un philosophe du nom de Ranft rédige un ouvrage intitulé <em>De masticatione mortuorum in tumulis</em> pour répondre à cette question fondamentale : les morts mâchent-ils en faisant du bruit avec la bouche, et si oui, faut-il s’en inquiéter ?</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà pour la grande interrogation de notre philosophe. En ce qui me concerne, ce serait plutôt « pourquoi les chaussettes vont toujours par trois ? », Ranft et ses contemporains non, eux se demandent si les morts mâchouillent en faisant scrountch-scrountch ou plutôt crouitch-crouitch&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut dire que trois ans plus tôt, un certain Plogojovitz a été déterré en grandes pompes (funèbres évidemment) pour être exécuté puis ré-inhumé dans un village de Hongrie. Non que la pratique soit très originale, en Europe de l’Est, on n’est jamais vraiment sûr que les morts sont vraiment morts, que tonton Boris ou cousin Vladimir ne va pas revenir vous grignoter la jugulaire, mais cette fois l’histoire et quelques autres débordent à l’Ouest, provoquant des émois dans les salons.</p>
<p style="text-align: justify;">Oui, messieurs-dames, c’est de vampires dont je vous parle &amp; si nos philosophes se questionnent fébrilement sur le régime alimentaire des maccabées c’est qu’ils les soupçonnent de n’avoir pas l’intention de s’arrêter au linceul.</p>
<p style="text-align: justify;">Des cas de mastication et de revenants boulimiques sont rapportés depuis le Moyen Âge, mais jusque-là personne ne s’en inquiète outre mesure. Quelques années plus tôt, on leur a même trouvé un nom, on les appelle des « oupires». Le jésuite Gabriel Rzaczynski rapporte en 1721 :</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>J’</em><em>ai souvent entendu dire par des témoins dignes de foi que l’on a trouvés des cadavres qui sont non seulement restés longtemps incorrompus, souples et rouges, mais aussi qui remuaient la bouche, la langue et les yeux, qui avaient avalé leur linceul et même dévoré des parties de leur propre corps. Entre-temps s’est répandue la nouvelle d’un tel cadavre qui est sorti de son tumulus, a erré par les carrefours et devant les maisons, se montrant tantôt à celui-ci, tantôt à celui-là, attaquant plus d’un pour l’étrangler. S’il s’agit du cadavre d’un homme, les gens le nomment upier, de celui d’une femme, upierzyca. </em>» (1)</p>
<p style="text-align: justify;">On vit plutôt bien avec ces histoires jusqu’au premier rapport officiel rapportant un cas de mâcheur de linceul rédigé par un officier impérial autrichien du district de Gradiska. Le témoin semble digne de foi. Dès lors, les imaginations s’enflamment et des philosophes comme Ranft s’intéressent au phénomène. Plus tard, la rumeur empruntera la plume du Marquis d’Argens, transitera par le <em>Mercure de France</em> (articles de mai 1732) pour exploser chez Dom Calmet, l’homme qui voyait des vampires partout (2).</p>
<p style="text-align: justify;">Partant du rapport officiel de l&#8217;administration autrichienne concernant le cas Plogojovitz, Ranft commence par s’essayer à la rhétorique acrobatique, oscillant douloureusement entre science et Église. On savait déjà que les saints ne pourrissaient pas toujours, mais que le phénomène touche les morts malfaisants est plutôt inédit et fort embêtant. En dehors de l’aspect pratique (ou « comment décrocher tonton Boris de sa jugulaire »), ces histoires posent en effet un problème théologique. Pourquoi Dieu organise-t-il ce genre de killer party pour le moins glauque ? Et si ce n’est pas Dieu, c’est donc le Diable. Dans ce cas, pourquoi le gentil Bon Dieu lui accorde-t-il une telle puissance ? Et puis, d’ailleurs, où vont les âmes? Etc. Paradoxe que Voltaire commentera ultérieurement en ces termes dans son Dictionnaire philosophique : « <em>Les chrétiens d&#8217;Occident considéraient ces corps comme un signe de béatitude tandis que pour les chrétiens d&#8217;Orient, il s&#8217;agissait d&#8217;un signe de damnation</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Une partie de l’ouvrage de Ranft va donc consister en une dialectique funambulique visant à ménager la chèvre et le chou ou à trucider les deux -on n’arrive pas bien à trancher. L’auteur s’embrouille à argumenter pour la magie naturelle et contre la superstition, pour Luther et contre le pape, pour Paracelse et contre les choux de Bruxelles, pour les vrais miracles et contre les faux, et enfin contre son prédécesseur Rohr qui affirmait que des démons possédaient les cadavres.</p>
<p style="text-align: justify;">Les commentateurs s’entêtent à y voir une démarche scientifique. Or, s’il est vrai que Ranft s’efforce de trier les données, enterrements prématurés d’un côté, phénomènes surnaturels de l’autre, la rigueur de son étude est pour le moins discutable. Entre deux références culturelles aux striges, lamies, démon Azazel, auteurs antiques et serpents carnivores, Ranft intercale des tranches de Plogojovitz et les questions théologiques en découlant. L’ensemble laisse un goût de patchwork rhétorique hésitant. D’après Ranft, si les morts peuvent ennuyer les vivants, ils le font à distance. En aucun cas, ils ne peuvent apparaître sous une forme tangible sans permission divine. Quant au Diable, il n’a ni l’autorisation ni le pouvoir nécessaire pour pénétrer dans le corps des défunts.</p>
<p style="text-align: justify;">Si certaines causes naturelles de non-putréfaction sont évoquées, les faits, eux, ne sont jamais remis en cause : « <em>Tous les rapports sur les mastications concordent, nous dit Ranft, les morts mâchent avec leurs dents, dans les tombeaux, avec un bruit aussi puissant que celui des porcs […] Dans les chroniques et récits, les auteurs ne tarissent pas sur cette espèce de sons et de voix qu’ils racontent avoir entendus dans les cimetières, dans les sépulcres et dans les monuments funéraires</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Concernant Plogojovitz</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Après donc qu&#8217;on ait exhumé le cadavre, on trouva que son corps n&#8217;exhalait aucune mauvaise odeur, qu&#8217;il était entier et comme vivant, à l&#8217;exception du bout du nez qui paraissait un peu flétri et desséché. Que ses cheveux et sa barbe étaient crus, et qu&#8217;à la place de ses ongles qui étaient tombés, il en était venu de nouveaux ; que sous sa première peau, qui paraissait comme morte et blanchâtre, il en paraissait une nouvelle saine et de couleur naturelle, ses pieds et mains étaient aussi entiers qu&#8217;on les pouvait souhaiter dans un homme bien vivant. Ils remarquèrent aussi dans sa bouche du sang tout frais, dans l&#8217;indignation où se trouvaient tous les assistants, on envoya aussitôt chercher un pieu bien pointu, qu&#8217;ils enfoncèrent dans la poitrine du vampire, d&#8217;où il sortit quantité de sang frais et vermeil, de même que par le nez et la bouche. Après cela les paysans mirent le corps sur un bûcher, et le réduisirent en cendres</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà du bien appétissant, mais à la sortie de ces descriptions, théories et tergiversations, on n’est guère plus savant. Les morts mâchent parce qu’ils ne sont pas en paix sera la conclusion du traité.</p>
<p style="text-align: justify;">L’ouvrage connaît un franc succès et concourt avec d’autres à fournir une forme de légitimité aux rumeurs &amp; déclenchant une véritable psychose collective en Europe de l’Ouest. Durant un temps, on voit des revenants partout, on déterre les morts pour vérifier qu’ils le sont bien &amp; on tend l’oreille pour vérifier qu’ils ne mastiquent pas trop fort.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qu’on a appelé « l’épidémie vampirique » durera jusqu’en 1750, date à laquelle si les morts continuent de mâcher, ça inquiète désormais moins les vivants. Sans doute qu’ils ont d’autres préoccupations ou qu’ils se sont habitués à écouter les morts faire scrountch-scrountch et crouitch-crouitch durant la nuit.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>© Melmothia 2007</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) G. Rzaczynski, «Historia naturalis curiosa regni Poloniae», Sandomir, 1721, p. 365, cité par Lecouteux, <em>La mort et ses représentations dans l’Europe du Nord</em>, Cahiers Slaves N°3, 2001, sur le site de l&#8217;<a href="http://www.recherches-slaves.paris4.sorbonne.fr/" target="_blank">Université de la Sorbonne</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">(2) <em>Traité sur les apparitions des anges, des démons et des esprits et sur les revenants, et vampires de Hongrie, de Bohème, de Moravie et de Silésie</em>, Dom Augustin Calmet, 1751.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>De Masticatione Mortuorum in Tumulis</em> (De la mastication des morts dans leurs tombeaux). Par Michaël Ranft, 1729. Editions Jérome Million, Grenoble 1993</p>
</blockquote>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.romantisme-noir.net/wp-content/uploads/2007/03/buried02.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-598" title="buried02" src="http://www.romantisme-noir.net/wp-content/uploads/2007/03/buried02.jpg" alt="" width="531" height="362" /></a></p>
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		<title>Goth, le romantisme noir, Patrick Eudeline</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Aug 2006 20:54:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Ouvrages]]></category>

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		<description><![CDATA[Abondamment illustré, sorti dans un format qui permet de le recycler en plateau repas, Goth, le romantisme noir se pose d’emblée dans la catégorie livre d’art, pourtant il s’y trouve des articles et, une fois qu’on l’a feuilleté façon catalogue d’expo, on peut toujours les lire. On s’aperçoit alors que le meilleur y côtoie le pire. Du côté du meilleur, « Batcave, les années folles », signé Isabelle Chelley... ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-181" title="Eudeline01" src="http://www.romantisme-noir.net/wp-content/uploads/2006/08/Eudeline01-150x150.jpg" alt="Eudeline01" width="150" height="150" />Abondamment illustré, sorti dans un format qui permet de le recycler en plateau repas, <em>Goth, le romantisme noir </em>se pose d’emblée dans la catégorie livre d’art, pourtant il s’y trouve des articles et, une fois qu’on l’a feuilleté façon catalogue d’expo, on peut toujours les lire. On s’aperçoit alors que le meilleur y côtoie le pire.</p>
<p style="text-align: justify;">Du côté du meilleur, « Batcave, les années folles », signé Isabelle Chelley propose un résumé intelligent et efficace de l’émergence et de l’évolution du genre. Du suicide de Ian Curtis à la réécriture actuelle du genre par les fetishs et les électros, la journaliste soulève quelques lièvres essentiels comme l’évolution des réactions médiatiques, une décennie pour que les journaleux passent des ricanements à l’alarmisme, ou la récupération improbable de la littérature romantique par des musiciens dont originellement : « <em>le point commun le plus marquant […] n’est pas purement musical mais tient dans le fait qu’ils s’habillent tous en noir, une façon de se distinguer des adeptes colorés, souriants et pailletés du disco</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Même chose pour l’article d’Aliz Tale, « Les goths aujourd’hui », bien documenté et agréable à lire. Ces deux-là sont d’ailleurs agréablement complémentaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Moins réussi, celui où Eudeline se perd en conjectures. A vouloir ratisser large, le voilà occupé à ne pas dire grand chose. Dommage, moi qui avais tellement aimé, à rebours des opinions gotheuses communes, ses interventions radiophoniques et télévisuelles&#8230; Mais après tout, Eudeline, c’est l’homme qui a dit à la radio en parlant des suicidées d’Ivry que, <em>grâce au gothique, elles étaient tombées moins vite</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Après le générateur aléatoire de poésie goth, je suggère de créer le générateur aléatoire d’articles de Bourre : <em>Non, Baudelaire n’est pas mort. Son âme spectrale plane sur les antimondes sauvages où l’armada du diable dans un ricanement explosif brandit la dague rituelle des maudits, là où Gilles de Retz et le Comte de Monte Cristo se baignent dans la lune indomptée près du démon Lilith, dans l’aura vénéneuse et orgiaque du rock’n’roll… </em>Bon d’accord, c’est pas encore très clair, mais c’est la version démo.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre temps, Thierry « le boucanier » nous a raconté une soirée chez les SM, Laurence Romance nous a fait partager sa crise d’adolescence, et Stéphane Heuzé a tenté de nous faire peur en nous résumant <em>Frankenstein</em> et <em>Inferno</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Inégal est définitivement l’adjectif convenant à un ouvrage qui se clôt sur un petit article bien juteux comme on les apprécie dans toutes les minorités qui lavent plus blanc. Dans le monde merveilleux et sucré des dark bisounours où tout le monde paie ses impôts et reste poli avec la concierge, on a compris que, pour mieux s’en débarrasser, il fallait passer le flambeau de l’abjection à quelqu’un d’autre. Comme toujours le Black Metal va jouer son rôle de bouc émissaire. Cinq pages grand format pour dire qu’on ne veut pas de ça chez nous, que les beuhmeus, c’est rien que des sataniques qui brûlent des églises, qu’ils sont sales, malpolis et transmettent des maladies. En guise d’argument, on nous ressort l’épouvantail Vikernes. Mais que fait la police ?&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>© Melmothia, 2006</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><img class="aligncenter size-full wp-image-182" title="cri_Eudeline01" src="http://www.romantisme-noir.net/wp-content/uploads/2006/08/cri_Eudeline01.gif" alt="cri_Eudeline01" width="137" height="220" /></strong></p>
<blockquote style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>Goth, le romantisme noir</em>. Par Patrick Eudeline. Editions Scali, 2005</p>
</blockquote>
]]></content:encoded>
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		<title>Vampyres, Laurent Courau</title>
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		<pubDate>Fri, 12 May 2006 10:26:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Anecdotes & Légendes]]></category>
		<category><![CDATA[Ouvrages]]></category>

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		<description><![CDATA[Vampyres prétend rendre compte d’un phénomène en pleine expansion ces dernières années : la mode est à la 'tribu vampire'. L'épidémie a débuté dans les années 90 lorsque crocs en résine et mouvements de cape ont commencé à se multiplier dans les milieux alternatifs sous l’influence notamment de personnalités médiatisées comme Father Sebastiaan, fangsmith new-yorkais, fondateur du Sanguinarium... ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-348" title="vamp14" src="http://www.romantisme-noir.net/wp-content/uploads/2006/05/vamp14-150x150.jpg" alt="vamp14" width="150" height="150" />Cette critique ayant donné lieu à une discussion avec l&#8217;auteur sur un forum, j&#8217;ai choisi de reproduire les divers commentaires au bas de cet article. Ils permettent d&#8217;entendre plusieurs sons de cloches ce qui est toujours mieux, d&#8217;autant que mon appréciation de l&#8217;ouvrage et hum, plutôt dure. </em></p>
<p style="text-align: center;"><strong><em>Ils vous sucent, mais ils avalent pas</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Vampyres</em> prétend rendre compte d’un phénomène en pleine expansion ces dernières années : la mode est à la « tribu vampire » pour reprendre l’expression médiatique consacrée. L&#8217;épidémie a débuté dans les années 90 lorsque crocs en résine et mouvements de cape ont commencé à se multiplier dans les milieux alternatifs sous l’influence notamment de personnalités médiatisées comme Father Sebastiaan, fangsmith new-yorkais, fondateur du <em>Sanguinarium</em>, de l’ordre <em>Strigoï Vii</em> et de quelques autres joyeusetés&#8230; Plus tard, des films tel que <em>Blade</em> ou <em>Underworld</em> ont pris le relai. </p>
<p style="text-align: justify;">Comme pour démontrer que l’instinct grégaire est plus implacable que la loi de la gravité, les nouveaux vampires ont ressenti la nécessité de se rassembler et pas seulement pour se comparer les prothèses. De véritables groupes, sous groupes, et « églises » émergent, soumis à des hiérarchies, des rituels et des systèmes de grades à faire pâlir un militaire, aux dénominations inspirées aussi bien de la <em>Camarilla</em>, des romans d’Ann Rice que piochées au petit bonheur la chance dans les traditions occultes.</p>
<p style="text-align: justify;">Une belle salade à l’arrivée. Si d’un point de vue symbolique, ça ne veut pas dire grand-chose d’appartenir à la deuxième section en partant de la droite de l’Akasha-Blood des Séphiroths Argentés, sur le papier ça fait très joli. Pour se distinguer des vampires «littéraires», certains ont adopté l’orthographe « vampyre ». Ceux-là ne boivent pas de sang mais vous sucent le Ki.   </p>
<p style="text-align: justify;">Si je vous explique ça c’est que l’ouvrage ne le fait pas ou quasiment pas. Après une ballade dans New York et une soirée plus ou moins goth où un type se fend d’une performance de suspension, le journaliste nous emmène dans la boutique d’un tatoueur aux dents longues qui disserte longuement sur son art mais n’a pas envie de parler de vampirisme –nan, j’ai pas envie. La conversation reprend sur tout et rien, la pluie, le beau temps, les encres. Le gardien du centre commercial vient demander des comptes sur la caméra. L’incident occupe une page. Puis Courau propose au type de « revenir » sur la question de la prédation. Le lecteur rebrousse les pages, relit, fouille sans trouver de précédent au sujet ; l’interview a été apparemment coupée et mal raccordée. S’ensuit un discours abstrait sur la nécessité de prendre sa vie en main et de ne pas s’en laisser imposer par la société. Quel rapport avec le vampirisme ?</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin du premier chapitre, le lecteur fait « Beuh ? ». La suite sera dans le même ton. Le livre multiplie les rustines et les morceaux rapportés comme ces biographies de Crowley et Lavey parachutées au milieu du bouquin. En fils spirituel de Jean-Paul Bourre, l’auteur choisit de nous faire profiter de ses impressions de bitume. Comme lui, il parle à la première personne, multiplie les digressions &#8211; ce qui ne serait pas un problème si le sujet principal était traité, et racle les fonds de plats pour avoir du croustillant, quelque chose comme : « et là le maître vampire allume une bougie ! Vous vous rendez compte ? Une bougie !&#8230; brrrr, j’en frissonne. » </p>
<p style="text-align: justify;">Il y a bien des vampires par ci par là, ce sont des gens très occupés qui répondent aux interviews entre deux portes : « on ne devient pas vampire, on naît vampire » ou « tu vois, mec, la communauté c’est super important, c’est ma famille ».  Et puis ? Et puis rien, messieurs dames. Ou presque. Courau suspecte qu’une tradition vampirique se serait tissée depuis le fond des âges. Il décide de se documenter en se collant à la lecture du Matin des Magiciens et de cinq ou six autres cités en vrac (<em>Ave Lucifer</em> d’Antebi, <em>Les esclaves du diable</em>, <em>La cuisine provençale</em>… ah non, pas celui-là) qui le persuadent que cette chaîne vampirique existe.</p>
<p style="text-align: justify;">Les lecteurs avertis devineront que Courau pompe Bourre qui pompait tout seul dans son coin à l’époque. De la chaîne en question, on ne saura rien de plus, à la place on a droit à la traditionnelle salade occulte : une petite tranche de Crowley, quelques miettes de Lavey, deux égyptiens qui passaient par là… Manquent les Atlantes ce coup-ci. Que Crowley ait parlé de vampirisme psychique c’est bien possible mais ce qu’il en a dit restera un mystère, par contre on nous sert sa biographie. Pour le dire autrement : dès que ça pourrait devenir intéressant, l’auteur passe à autre chose. Plus loin, on subira l’incontournable piqûre de rappel sur la Comtesse sanglante et Vlad Tsepesh… On croyait qu’on allait y échapper. Non. </p>
<p style="text-align: justify;">En fin de compte, la plus belle réussite de Vampyres réside dans les stratégies d’évitement que l’auteur déploie pour parvenir à ne rien dire d’intéressant en 300 pages et surtout ne soulever aucune question essentielle. D’un point de vue informatif <em>Vampyres</em> est indigent et du point de vue de la réflexion c’est carrément néant. Au point qu’on se demande de quel côté se situe cette indigence. A la décharge du journaliste demeure l’hypothèse la plus probable, que le milieu soit aussi creux qu’il y paraît. Faire la teuf et se taper des filles semble au cœur de la problématique vampirique contemporaine, ce qui ne serait pas gênant si les choses étaient posées comme tel plutôt qu’inscrites dans un décor en trompe l’œil.  « <em>Sans plus attendre, la soirée s’emballe sous un bombardement d’infra-basses et de guitares métalliques. Le son est lourd, puissant, quasiment oppressant. Impudique et lascive, une gogo danseuse ondule en exhibant le large pentagramme qui couvre son dos. Elle se plie pour offrir sa gorge aux passants. Pulsions tribales, énergie clanique, une marée inhumaine déferle sur le dancefloor qui tremble sous sa hargne. La foule hurle en chœur les refrains des morceaux. </em>»  </p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les pépites d’information grappillées au fil des interviews, on apprend qu’on mord propre au Strigoi Vii et que ces vampires ne font pas de taches en mangeant. D’ailleurs, dans les interdictions du groupe, « boire du sang » figure en bonne place. Les vampyres bouffent les gens, nous sommes bien d’accord, mais c’est politiquement plus correct que ça reste un peu abstrait…  De sanguinaire, le vampirisme est donc devenu psychique, il se ballade à la limite de la métaphore. En quoi ça consiste exactement ? (le premier qui me répond « à se nourrir d’énergies », j’y fais sauter les prothèses). Quelles théories sous-tendent cette pratique ? Qu’est-ce qu’on entend par énergie ? De tout ça, on ne saura rien mais ça n’a qu’une importance secondaire, puisque grâce à Courau on sait désormais que Father Sebastiaan a un joli chapeau.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant il y aurait beaucoup à dire et à questionner. L’obsession des grades notamment qu’on devine inspirée à la fois de la Camarilla, du SM et des sociétés secrètes à vocation initiatique. Ann Rice rencontre Crowley et Oscar Wilde. Mais ces idées, ces comportements, ces contradictions, le journaliste ne les interroge pas, ne creuse aucun paradoxe, se contentant de trouver tout ça du plus grand chic et de faire quelques effets de manche pour agiter les fumigènes. On bande beaucoup chez les vampyres, on fouette et on aime, on crache sur la société tout en s’y intégrant, on cultive la marge et le politiquement correct, l’occulte et le trivial, la marginalité et un ordre quasi-militaire, on n’y croit pas et on y croit… Le mouvement vampirique semble au carrefour d’inspirations contradictoires à la fois sérieuses et légères mais si jamais les principaux intéressés en assument les paradoxes, personne ne nous en informe et c’est bien dommage.</p>
<p><strong>Melmothia, 2006</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Commentaires :</strong></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Laurent Courau</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Melmothia,  Pas de problème pour les critiques. Je trouve ça intéressant. Globalement, en lisant tes questions et la critique du livre, j&#8217;ai le sentiment que tu attendais un livre destiné à un public de spécialiste de l&#8217;ésotérisme. Ce qui n&#8217;était effectivement pas mon propos. Pour trouver des réponses à tes questions sur le sujet, je te conseille la lecture du <em>Psychic Vampire Code</em>x de Michelle Belanger, de <em>V</em>, l&#8217;ouvrage collectif édité par Father Sebastiaan, et prochainement des livres à paraître de Marcos Drake aux éditions INRI.  Maintenant, pour répondre à tes questions&#8230; -As-tu été soumis à une censure de la part des interviewés ?  Il faudrait voir ce que tu entends par censure, mais la réponse serait à priori oui. Lorsque tu interviewes des gens, il est rare qu&#8217;ils te révèlent totalement et entièrement le dessous des cartes. Ca vaut pour les vampyres, mais aussi pour n&#8217;importe qui. Encore plus dans des cercles fermés. Il m&#8217;a fallu un certain temps pour qu&#8217;ils acceptent simplement de parler et, qui plus est, devant une caméra. Et même si ça ne te satisfait pas pleinement, personne n&#8217;avait jamais été aussi loin avec eux.  -Pourquoi ne pas avoir creusé l&#8217;aspect « rituel » des choses ? Comme je le disais en introduction de ma réponse, mon intention n&#8217;était pas de faire un livre pour un public de spécialistes. D&#8217;autant plus qu&#8217;il faudrait des centaines de pages pour ne serait-ce qu&#8217;expliquer les concepts sur lesquels reposent leurs rituels. Michelle a consacré un livre de 300 pages à sa vision de l&#8217;ésotérisme vampirique et ne couvre qu&#8217;une partie de la question. Idem pour Father Sebastiaan. Pour ceux qui désirent approfondir, il y a une bibliographie en fin d&#8217;ouvrage. Et toutes les clés de départ me semble figurer dans le livre.  -L&#8217;aspect hiérarchique, extrêmement présent dans ces groupes, est-il uniquement inhérent à l&#8217;héritage de la Camarilla ou recouvre-t-il autre chose? Il y a l&#8217;héritage de V:tM, mais aussi le modèle des cercles occultes et des ordres ésotériques occidentaux (sur lesquels se base d&#8217;ailleurs V:tM). Pour le coup, la réponse à cette question me semble être dans le livre de manière assez claire. C&#8217;est d&#8217;ailleurs la raison pour laquelle les digressions historiques sur Crowley, LaVey et leur héritage sont importantes. Cette scène et son fonctionnement ne sont pas apparus de manière spontanée. Il y a une filiation qui est développée dans Vampyres.</p>
<p>Quelques liens pour les ouvrages mentionnés :  <a href="http://www.michellebelanger.com" target="_blank">Michele Belanger</a>. <a href="http://www.lulu.com/sanguinomicon" target="_blank">Sanguinomicon</a>. <a href="http://www.editions-inri.com/" target="_blank">Editions INRI</a>.</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Henonymous </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui ça n&#8217;a pas grand chose a voir Blade et compagnie c&#8217;est trop récent. M&#8217;enfin, il faudrait que je lise son livre pour me faire une idée, on ne sait jamais, peut-être serai-je en désaccord avec toi.</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">JacKBarron</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;avoue ne pas trop bien comprendre ce dont parle ce bouquin, au final. Et la réaction de l&#8217;auteur ne fait que renforcer cette impression. Et je suis complètement surpris d&#8217;une question et d&#8217;une réponse en rapport avec l&#8217;univers de Rein+Hagen (même de loin&#8230;) ! Remarquez bien que je suis l&#8217;indécrottable cartésien du coin, hein !</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Melmothia</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">@ Henonymous : Je salue ta prévoyance. C&#8217;est important de nous avertir qu&#8217;éventuellement, dans le cas incertain où tu lirais ce livre, tu pourrais ne pas être d&#8217;accord.  </p>
<p style="text-align: justify;">@ Jack Barron : Le but de l&#8217;ouvrage est apparemment de rendre compte de la multiplication des vampires comme des petits pains aux Etats Unis et bientôt en Europe. Evidemment la question subsidiaire reste : est-ce qu&#8217;il y a vraiment quelque chose à en dire? Personnellement je n&#8217;en sais rien. Après tout, que des types se fassent poser des crocs en plastiques n&#8217;est pas tellement fascinant si le phénomène se réduit à ça. Mais il parait que non.</p>
<p style="text-align: justify;">Mon interrogation sur le JDR est proportionnelle à ma perplexité concernant  l&#8217;aspect extrêmement hiérarchisé des groupes &#8216;vampiriques&#8217;. On y trouve des camions entiers de grades incompréhensibles et de sous-catégories de grades incompréhensibles, des loges, des divisions de loges, des chapelles avec des affiliations complexes aux grades et aux loges sus-nommées. Chacun a sa place et son code-barre. J&#8217;avoue ne pas comprendre ce qui motive cette obsession des tiroirs. Est-elle héritée de l&#8217;ésotérisme ? du jeu ? autre&#8230; ? Pour l&#8217;instant, personne n&#8217;a su répondre à ma question. Si ce n&#8217;est pas magique, c&#8217;est donc ludique, et si ce n&#8217;est ni l&#8217;un ni l&#8217;autre, c&#8217;est absurde&#8230; Quoiqu&#8217;il en soit, j&#8217;irai voir le film. Je suis une fille très curieuse et j&#8217;aime bien les vampires. J&#8217;espère que le documentaire livrera plus d&#8217;informations sur ce milieu.</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Cyroul</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai beaucoup apprécié cet article qui est très bien écrit. Et j&#8217;ai positivement adoré le sous-titre.  Seulement je ne suis pas d&#8217;accord avec le contenu de l&#8217;article. Tu pars du postulat que Courau aurait du écrire une thèse sur les mouvements de &laquo;&nbsp;vrais vampires&nbsp;&raquo;. Seulement ça n&#8217;était pas son ­objectif. En écrivant dans le style gonzo, il reste dans de la pure subjectivité en racontant ses problèmes d&#8217;accès à l&#8217;information, ses comptes rendus de soirée, ses interviews loupées. Ce journalisme gonzo est très interessant car il permet de rentrer dans des lieux et de rencontrer des personnes, des ambiances que l&#8217;on aura jamais l&#8217;occasion de connaître.  Et c&#8217;est évident que c&#8217;est un &laquo;&nbsp;journalisme d&#8217;observation&nbsp;&raquo; qui ne peut se permettre d&#8217;étudier en profondeur un courant social. Car en étudiant un phénomène, tu le démontes. Et si ce dernier est basé sur des contradictions, des modes, ou même du vent, tu le met en évidence et tu détruits la magie de ce mouvement.</p>
<p style="text-align: justify;">Et pour sauver définitivement le bouquin de Laurent, je dirais que malgré l&#8217;existence de ce mouvement depuis le début des années 90, on a pas eu une seule étude sérieuse du phénomène en 10 ans. Alors même si c&#8217;est du gonzo, on peut s&#8217;en contenter et apprécier avec plaisir les ambiances et les jolies photos, tout en relevant les contradictions et les amalgames de ces groupes.</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Melmothia </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">@ Cyroul : Comme je te l&#8217;ai dit ailleurs, ton point de vue se défend tout à fait. D&#8217;ailleurs, je souhaite du succès à l&#8217;ouvrage de Courau même si mon caractère de critique chieuse ne me permet pas de l&#8217;apprécier autant que toi.  Allez, si tu promets de m&#8217;offrir un esquimau pendant la projection du film, je suis prête à avouer que j&#8217;ai été un peu dure&#8230;</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Cyroul</span></strong></p>
<p>C&#8217;est d&#8217;accord pour l&#8217;esquimau&#8230;</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Sarg</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le problème est finalement le même que lorsque les journalistes se sont attaqués à toute forme &laquo;&nbsp;d&#8217;underground&nbsp;&raquo; par le passé. Le sensationnel prend le pas sur l&#8217;info. Peu importe que le vampyrisme semble bien être une assos Vampire : GN qui a mal tourné et que, finalement, tout ceci est un délire de gentils petits bourgeois qui veulent juste se croire exceptionnels (tiens,ça me rappelle autre chose&#8230;). La réalité est que le doute laissé sur la consomation du sang fera plus vendre et parler que l&#8217;explication d&#8217;une démarche spirituelle (si tant est que ce soit le cas). Parler d&#8217;orgies sexuelles sera plus porteur que parler de leurs référants idéologiques, littéraires, musicaux&#8230; Et rajouter un peu de satanisme fera toujours bon poids pour faire bander le geek moyen et frémir la ménagère. J&#8217;ai lu ce bouquin dans ces grandes lignes et mon avis, à chaud, est que tout ça sent bon le coup médiathique, au même titre qu&#8217;en son temps d&#8217;autres livres sur le rap ou les gothiques. Je partage donc l&#8217;avis de Mel : racoleur (pour ne pas dire putassier) et vide de tout réel travail journalistique.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-349" title="51DYS22VYQL-1._SS500_" src="http://www.romantisme-noir.net/wp-content/uploads/2006/05/51DYS22VYQL-1._SS500_.jpg" alt="51DYS22VYQL-1._SS500_" width="205" height="330" /></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>Vampyres</em>, Laurent Courau, photographies de Lukas Zpira, Editions Flammarion, 2006</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Illustration : Father Vincent, NYC &#8211; 2004, par Lukas Zpira, sur le site <a href="http://www.vampyres-themovie.com/fr/images.html" target="_blank">Vampire, the movie</a>.</p>
</blockquote>
]]></content:encoded>
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		<title>Gothic, La Culture des Ténèbres, Gavin Baddeley</title>
		<link>http://www.romantisme-noir.net/324/gothic-la-culture-des-tenebres-gavin-baddeley/</link>
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		<pubDate>Sat, 11 Jun 2005 21:42:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Ouvrages]]></category>

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		<description><![CDATA[Commençons par le début : l'introduction. On y découvre tout un tas de choses notamment une étonnante filiation entre les batcaves et les wisigoths, ostrogoths et autres peuples se terminant en -go. L'auteur a apparemment épluché l’Encyclopedia Universalis et décidé de nous en faire profiter : l’architecture gothique, la culture médiéval, les danses macabres, les dandys, Burke,  le roman gothique... ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-332" title="GothicBaddeley01" src="http://www.romantisme-noir.net/wp-content/uploads/2005/06/GothicBaddeley01-150x150.jpg" alt="GothicBaddeley01" width="150" height="150" />Commençons par le début : l&#8217;introduction.<em> <span style="font-style: normal;">On y découvre tout un tas de choses notamment une étonnante filiation entre les batcaves et les wisigoths, ostrogoths et autres peuples se terminant en -go. L&#8217;auteur a apparemment épluché l’<em>Encyclopedia Universalis</em> et décidé de nous en faire profiter : l’architecture gothique, la culture médiéval, les danses macabres, les dandys, Burke,  le roman gothique, tout y passe &#8211; là où je suis tout à fait d’accord avec Baddeley, c’est que Walpole est absolument imbuvable. Lui-même affirme « <em>j’ai écrit le château d’Otrante en deux mois </em>». Voilà, on comprend mieux. Arrivé à la moitié de l&#8217;intro, on remercie le ciel que le terme gothique n&#8217;ait pas été davantage employé sans quoi on aurait droit à des recettes de cuisine et pourquoi pas une bestiole : le </span>gothique<span style="font-style: normal;">, petit mammifère des caraibes, etc. photos à l’appui. En passant, on apprécierait que le monsieur sorte la main de son slip en écrivant parce que ça se voit, « <em>L’innocence et la vertu sont le parchemin vierge sur lequel les sceaux du péché s’inscrivent en larges arabesques rouges comme le sang et noires comme la nuit </em>», fallait l’écrire celle-là, et surtout fallait oser la signer. Mais au moins, ça change de Paul Aries, Baddeley aime son sujet, et j’avoue, j’ai une certaine tendresse pour les auteurs qui rédigent en érection.</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que le gothique doit au romantisme, à Sade, au décadentisme n’est pas un scoop mais j&#8217;en viens à m&#8217;interroger sur la pertinence des définitions foncièrement référentielles. Le goth est ainsi parce que Huysmans, parce que Blake et parce que Poe, c&#8217;est bien joli et ça donne du goût au potage mais il faudrait peut-être questionner cette manie de la filiation. Goethe a failli s&#8217;étrangler quand on l&#8217;a traité de précurseur des romantiques, je me demande la tête que ferait Shakespeare si on lui disait que son oeuvre a tracé la voie à Siouxie and the Banshees.  Cela dit, ce n&#8217;est pas non plus faux. Le terme gothique, quand on y réfléchit, a toutes les chances de venir en ligne droite de l’imaginaire romantique avec sa manie d&#8217;aller à rebours. C’est la même réaction qui quelques années plus tôt poussait déjà Walpole et ses amis à plonger la tête dans des souterrains éclairés à la bougie. Il faut dire que Voltaire et La Mettrie, vu de près, ça fait pas envie. Alors, on se réclame du rêve, de la passion par opposition à la raison, on brandit la gratuité contre le progrès et le culte de l’utile. Il est évident que les goths contemporains participent de ce même regard en arrière. Ce qui n’a jamais cessé de me laisser perplexe : on louche quand même vers un époque et des gens qui louchaient vers une autre époque en se disant que c’était mieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Chapitre III nous livre plein de nouveaux détails croustillants sur les meutres d’Ed Gein (C’est fou le potentiel de détails croustillants des meutres d’Ed Gein) et sur la vie de Lovecraft qui était semble-t-il encore plus abîmé que je ne le pensais &#8211; et pourtant je lui octroyais une belle marge.  Tout cela est fort intéressant même si on ne voit toujours pas le rapport avec le sujet principal. A moins que ce ne soit une sorte de réponse à « mais que lisent les gothiques ? ». En passant, Baddeley nous rappelle que bien injuste est le sort envers cette pauvre Anne Rice dont le talent littéraire n’est pas reconnu à sa juste valeur ! On a dit de cette brave femme qu’elle écrivait de la pornographie. En ce qui me concerne, je reprends volontiers cette critique au sens large ; elle n’a pas enrichi un mythe, elle l’a défloré, pour ne pas dire qu’elle lui a mis les tripes à l’air. De l’érotisme en demi-teinte et ambivalent qui flottait dans les histoires de vampires du XIXe, elle nous a fait un sitcom avec chanteur de boys band, quelque chose de lisse, prêt à la consommation plein de frou-frous et de morsures propres (il est beau mon vampire, il est blond, il sent bon le tombeau frais). Après le gros plan sur les canines à la Hammer et le zoom sur les couilles à la Rice, il va lui rester quoi à montrer à ce pauvre mythe ? En tirant un peu sur l’idée et pour faire un lien que Baddeley néglige, on pourrait penser que le même effeuillage est à l’œuvre chez les goths, depuis dix ans, on croise beaucoup moins de dentelles que de sous-vêtements dans les soirées. D’un érotisme implicite à un érotisme affiché, ou pour ainsi dire, des préliminaires à l&#8217;acte&#8230; or, on sait où tout ça mène, à un moment donné ou un autre, à la débandade. </p>
<p style="text-align: justify;">Le Chapitre suivant nous raconte le gothique à la télé et à la radio. « Quelle peut être l’importance du tube cathodique dans un culture qui idolâtre le passé, se languit d’une époque éclairée à la bougie », héhéhé, se questionne l’auteur en une pirouette rhétorique qui me laisse rêveuse. De <em>The Crow</em> à l’<em>Exorciste</em> en passant par <em>Buffy</em> et la F<em>amille Addams</em>, Gavin Baddeley nous offre un panorama du cinéma fantastique sans jamais se poser une seule fois le problème du « genre ». Evidemment le point commun entre tous ces objets jetés dans le chaudron, le <em>gothisme</em>, réel ou supposé, ne se laisse pas saisir facilement, mais à défaut d’une définition, Baddeley aurait pu tenter une approche, ou expliquer en quoi la démarche était délicate, plutôt que de nous offrir un catalogue. Or, en général, les choses se déploien ainsi : au commencement se trouve l’œuvre, quelque chose qui se constitue déjà par filiations et/ou par oppositions, en regardant vers le passé et/ou l’avant-garde (ce qui revient au même) qui a donc une vague parenté par ci par là, les yeux de mamies et les cheveux du tonton tout en ne ressemblant vraiment à personne. Cependant, l’œuvre est rarement isolée, elle éclôt dans l’air du temps, au milieu d’œuvres cousines qui partagent avec elle certains goûts et certaines humeurs. Lorsqu’on dispose de suffisamment d’œuvres pour faire un bouquet, les critiques se mettent à compter les pétales, mesurer les tiges, et finissent par appeler ça un « genre » bien qu’entre temps aient éclôt des formes mutantes qui ressemblent à leur mère mais ne sont pas tout à fait les mêmes. On peut passer des heures ainsi à se demander qui fera ou ne fera pas joli dans le vase. Les littéraires y excellent.  Entre temps, les géniteurs de la première oeuvre ont eux-mêmes évolué et fait pousser de nouvelles oeuvres qui ont modifié le <em>genre</em>. Ce qui n&#8217;empêche personne de continuer à assembler les fleurs par ressemblances de plus en plus vagues, etc. A la fin, on sent bien qu’il y a un air de famille mais on ne sait plus trop bien quoi. </p>
<p style="text-align: justify;">Voilà, je vous ai fait la version bucolique de la problématique des genres. Comment on s’en sort, me direz-vous ? Ben on s’en sort pas. Un genre est quelque chose de mal défini et de poreux ; d’ailleurs quand on a fini d’empaqueter le bouquet, arrive la jeune génération qui crache sur tout ça, va ramasser un poignée de graines un siècle ou deux en arrière, déclare que c’est tout neuf et renouvelle à peu près le paysage.  Dans cette perspective, Baddeley n’a pas tout à fait tort de nous montrer son joli herbier à condition d’en expliquer la nécessité et les limites, ce qu’il ne fait pas.  </p>
<p style="text-align: justify;">On arrive finalement à la musique. Epluchage en règle des fondateurs du mouvement. Mais, comment ça, les fondateurs du mouvement ? On nous a dit deux chapitres plus haut que c’étaient Walpole et Radcliffe… ? Non, j’ai pas bien compris ? Ah, c’était pas le même gothique ! Moi qui étais persuadée que Baudelaire avait piqué les new rocks d’Edgar Poe. Zut alors ! Je me suis mélangée les ostrogoths. D’accord je suis un tantinet médisante mais au bout d’un moment, on a l’impression que « goth » fonctionne un peu comme « schtroumpf ». Concernant l’émergence du genre musical, le couplet sur les inspirateurs des inspirateurs ne nous sera pas épargné : Jim Morrisson, les Cramps et Alice Cooper font un tour de piste. Et puis, nous voilà à l’ère moderne, pas la meilleure si on regarde les photos, ma préférée restant la femme en bottes, masque et corset panthère avec un collier de chien de la p. 260, le sommet du bon goût mais c’est connu : le graou-graou c’est toujours classe. Pour Baddeley, le gothisme actuel se définit par le tryptique : vampirisme/fétichisme/néo-paganisme. Donc vous avez bien compris ? Il faut danser dans les bois déguisées en saucisses, mesdemoiselles, comme ça le vampire romantique, dépressif et blafard, à défaut de sang, il aura au moins son boudin.  </p>
<p style="text-align: justify;">La conclusion de l&#8217;ouvrage nous révèle que  :  «<em>Dans notre culture nivelée par le bas, le gothique reste le seul culte jeune pouvant se vanter de posséder une tradition littéraire et artistique qui lui soit propre ; il a survécu aux pièges du sybaritisme qui menacent la jeunesse et s&#8217;est transformé en un mode de vie et une esthétique viables. Il ne s&#8217;est pas contenté de tolérer la diversité sociale et la déviance, il les a célébrées longtemps avant que la mode n&#8217;ait rendu de telles attitudes populaires. Notre monde grisâtre devient de plus en plus homogène et mercantile, alors que le goth exalte l&#8217;ésotérique et l&#8217;exceptionnel. Sa légèreté, sa théâtralité et son amour de l&#8217;occulte en font un affront direct à la culture consumériste engourdie et à la rigide éthique du travail. À ceux qui avancent que porter un intérêt au sexe et à la mort est un peu inquiétant, je riposte que ne pas éprouver de fascination pour ces deux sujets, l&#8217;érotisme célébrant la vie et le destin inévitable qui est notre lot commun, est encore bien plus inquiétant. Que peut-il exister de plus captivant que la zone où ces deux forces opposées de l&#8217;existence entrent en collision ?</em>» Vous voulez mon avis ? Je pense plutôt qu&#8217;<em>o</em><em>n est une bande d&#8217;imbéciles, Idéal simplifié… la lala…   </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>© Melmothia 2006</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><img class="aligncenter size-full wp-image-333" title="GothicBaddeley02" src="http://www.romantisme-noir.net/wp-content/uploads/2005/06/GothicBaddeley02.jpg" alt="GothicBaddeley02" width="224" height="282" /></strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>Gothic, La culture des ténèbres</em>, Gavin Baddeley, Editions Denoël X-treme (Traduction française 2004) </p></blockquote>
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