Articles dans Anecdotes & Légendes
Puisque désormais le Guiness des records, les Victoires de la Musique et même les Darwin-Awards sont devenus tellement ennuyeux, je propose que l’on instaure un prix spécial, le Kraft-Ebbing par exemple, venant récompenser les plus ravissantes perversions. Mon favori pour le trophée serait sans hésitation Georges Auguste Selwyn qui, non content d’être un vicieux, s’offrait le luxe d’être un homme d’esprit, de ceux dont on égrène les aphorismes en société…
Au siècle dernier, on l’appelait la peste blanche et son palmarès était de 100 000 victimes par an. D’après les scientifiques, elle serait apparue voilà 3 millions d’années, en même temps que les premiers humains, et nous aurait talonnés jusqu’à l’invention des antibiotiques, croquant régulièrement dans la population sa quote-part de viande fraîche. Si sa forme pulmonaire est la plus connue, sous le vieux nom de « phtisie »…
En 1862, la belle Élisabeth Siddal, l’icône préraphaélite, décède d’une overdose de laudanum. Gabriel Rossetti, son peintre de mari, fou de chagrin d’autant qu’il était avec sa maîtresse pendant que sa femme agonisait, dépose dans le cercueil un recueil manuscrit de poèmes de son cru. Élisabeth est enterrée au Cimetière Highgate, un fort bel endroit, sauvage comme il faut, truffé de chapelles et de mausolées, sillonné d’allées bordées d’arbres…
L’histoire de Médée ressemble davantage à une préquelle de Natural Born Killer qu’à une version archaïque du sirupeux Charmed. Le road-movie commence en Colchide, une contrée bordée à l’ouest par la mer noire et limitée au nord par la chaîne du Caucase, correspondant à peu près à la Géorgie d’aujourd’hui. Si l’on en croit l’Antiquité, c’est un nid à sorcières. Médée en est une. Fille du roi local, Éétès et d’une océanide du nom d’Idye…
La mer a une fâcheuse tendance à avaler ce qui s’essaie à flotter dessus. Parfois elle recrache les coquilles. Certains bâtiment disparaissent des années durant pour ressurgir dans un écrin de brume ou au grand soleil, transfigurés par l’entropie. Les marins donnent un joli nom à ces épaves livrées au caprice des courants. Ils les appellent derelicts. Un beau jour d’août 1775, quelque part au nord du pacifique, la vigie du baleinier Herald…
En 1728 un philosophe du nom de Ranft rédige un ouvrage intitulé De masticatione mortuorum in tumulis pour répondre à cette question fondamentale : les morts mâchent-ils en faisant du bruit avec la bouche, et si oui, faut-il s’en inquiéter ? Voilà pour la grande interrogation de notre philosophe. En ce qui me concerne, ce serait plutôt « pourquoi les chaussettes vont toujours par trois ? »…
En l’an de grâce 1985, une boulette de papier jaillit du fond de la classe pour se loger entre les omoplates de mon professeur de français. Le vieux sage acariâtre fit volte face et fustigea le coupable idéal, autrement dit le métaleux de service, en lui demandant s’il voulait dispenser le cours à sa place. Pour riposter, j’aurais aimé avoir sur moi une photo de Steve Harris pour la lui agiter sous le nez en hurlant « Ça c’est un vrai prof ! »…
Dans la nuit du 13 juin 1886, les truites du lac de Starnberg sont dérangées par des gens qui cherchent leur roi. Les berges ont déjà été passées au peigne fin, on a bien retrouvé son manteau mais le roi n’était pas dedans. En désespoir de cause, on drague le lac. C’est ennuyeux d’égarer son roi, même s’il a été destitué et déclaré fou, on s’y était quand même attaché. Enfin, à force de fouiller les eaux, on remonte deux cadavres : celui de Louis II…
Février 2003. Aux abords du château de Gruyères, les touristes japonais ont cédé la place aux flocons de neige qui virevoltent au gré de la bise glaciale. Comme à l’accoutumée, après une longue journée de travail, je me réfugie dans les entrailles du bar Giger. A ma gauche, H.R. disserte devant son thé sur les déboires que connait son rejeton d’Alien emmêlé dans les dreadlocks des Prédators. De l’autre côté du zinc, Jeannot, le tenancier…
Vampyres prétend rendre compte d’un phénomène en pleine expansion ces dernières années : la mode est à la ‘tribu vampire’. L’épidémie a débuté dans les années 90 lorsque crocs en résine et mouvements de cape ont commencé à se multiplier dans les milieux alternatifs sous l’influence notamment de personnalités médiatisées comme Father Sebastiaan, fangsmith new-yorkais, fondateur du Sanguinarium…
Dans son ouvrage Méduse et Cie, Roger Caillois se propose d’exemplifier par le thème de l’effroi, ce qu’il a nommé les « sciences transversales », discipline novatrice dont le principe est de comparer des règnes différents constituant des points extrêmes d’aboutissement biologique, pour mettre en évidence des parentés souterraines. Les sciences transversales chevauchent le système de classification habituellement en vigueur…
Dans le court article qu’il consacre en 1922 au gorgonéïon [1], Sigmund Freud interprète la rencontre avec Méduse comme une vision du vagin, la pétrification symbolisant l’érection en tant que réaffirmation de la virilité face à la menace de castration. Si cette lecture est douteuse, notamment si l’on considère que le visage de Méduse ne ressemble en rien à un vagin, elle conduit Freud à un rapprochement intéressant…

