Dans l’espace, personne ne vous entendra rebondir….
John Carpenter est un réalisateur qui est tombé très tôt dans la marmite. Il a à peine 14 ans, lorsque le film Forbidden planet d’Howard Hawks le convainc de se lancer dans une carrière de metteur en scène. Grâce à la caméra super 8 familiale, il réalise avec quelques amis, des films aux titres évocateurs de « Revenge of the colossal beast » ou « Sorcerer from outer space ».
En 1968, il entre à la prestigieuse University of Southern California dont il ressort, quatre ans plus tard, un diplôme en poche. En guise de film de fin d’études, il a réalisé un court-métrage d’une quarantaine de minutes intitulé Electric Dutchman, en référence au célèbre bateau fantôme hantant la mer des Caraïbes.
Retravaillé et prolongé pour devenir un film d’une heure et demie, grâce à la collaboration de son ami et collègue Dan O’Bannon, le « Hollandais électrique » change de titre pour devenir en 1974, Dark Star, son premier long métrage – affreusement titré en français L’Étoile Noire.
Nettement moins connu qu’Halloween ou The Thing, Dark Star mérite pourtant le détour, ne serait-ce que pour son humour grinçant et une certaine finesse psychologique distillée sans avoir l’air d’y toucher.
Le film met en scène l’équipage d’un vaisseau spatial vétuste ayant pour mission de détruire les planètes « instables » encombrant le système solaire. Jusque-là tout va bien (du moins si l’on admet sans sourciller la notion de « planètes instables » dans laquelle il faut comprendre : qu’un gouvernement terrien a taxées de nuisibles, car elles pourraient compromettre une future colonisation de l’espace), mais exerçant cette activité depuis de longues années monotones, l’équipage désoeuvré a basculé lentement dans la dépression.
Sur le Dark Star, les jours se suivent et se ressemblent. Depuis la mort de leur commandant, les quatre occupants du vaisseau tentent d’obtenir des instructions de la terre, mais comme celles-ci tardent décidément à venir, ils continuent en attendant de vaquer à leurs occupations monotones. En dehors des heures passées à réparer un vaisseau qui pourrit sur pieds, les membres de l’équipage s’occupent à des jeux de patience ou tiennent leur journal intime – on apprend à cette occasion que l’un des passagers est monté sur le vaisseau totalement par erreur. Quant au sergent Pinback – interprété par Dan O’Bannon, il a adopté un extra-terrestre qui lui tient lieu d’animal de compagnie, une « chose » en forme de ballon de plage avec des griffes, qui se déplace en sautillant, provoquant diverses avaries dans le vaisseau et attaquant parfois un membre de l’équipage.

Pour ajouter à l’ambiance décidément festive, Talby le navigateur ne veut plus sortir du dôme, une bulle de deux mètres cube posée comme un fruit confit sur le toit du vaisseau. Et, tandis que l’ordinateur central commence à avoir des ratés, le matériel lui-même fait preuve d’étranges sautes d’humeur, puisque les bombes refusent désormais de faire leur boulot…
Dark Star est un film décalé, loufoque et sinistre, que la critique a qualifié d‘En attendant Godot spatial et qui file, sur le mode de l’humour noir, le thème du « mal des cachots » frappant tout groupe humain condamné à cohabiter en lieu clos.
Lorsque la Bombe numéro 20 se rebelle, menaçant d’exploser dans le vaisseau, le commandant (congelé) conseille au Lieutenant Dolittle de discuter avec elle pour l’amener à s’interroger sur la nature de la réalité. S’ensuit un dialogue avec la bombe sur les mérites respectifs de la phénoménologie et de la métaphysique, au terme duquel elle accepte de suspendre son explosion le temps de réfléchir sérieusement à ces questions – mais pour combien de temps ?
Des cosmonautes isolés, les ténèbres sans fin de l’espace, une présence étrangère… Dark Star n’a pas marqué l’histoire du cinéma, mais trois ans plus tard, Dan O’Bannon inspiré par le ballon à pattes rebondissant dans le vaisseau en perdition, signera un scénario mettant en scène des cosmonautes isolés confrontés à une présence hostile. Il décidera d’intituler son histoire : Alien.
Melmothia, 2008.












