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Erection en Place de Grève

Mis en ligne le 9 août 2009 Pas de commentaire
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00d/28/frum/14726/f13x017« Le commandeur de pierre peut venir souper avec nous ; il peut nous tendre la main ! Nous la prendrons encore. Peut-être sera-ce lui qui aura froid. »

Le Convive des dernières fêtes, A. Villiers de L’Isle Adam.

Puisque désormais le Guiness des records, les Victoires de la Musique et même les Darwin-Awards sont devenus tellement ennuyeux, je propose que l’on instaure un prix spécial, le Kraft-Ebbing par exemple, venant récompenser les plus ravissantes perversions.

Mon favori pour le trophée serait sans hésitation Georges Auguste Selwyn qui, non content d’être un vicieux, s’offrait le luxe d’être un homme d’esprit, de ceux dont on égrène les aphorismes en société pour draguer Pamela ou pour détourner l’attention de son hôte afin de vider discrètement le Cognac.

N’ayant pas sous la main l’intégrale de ses maximes pour vous en faire partager les qualités spirituelles, je vais donc plutôt vous parler de l’autre versant du bonhomme, ses érections. Mais sachez que les deux sont indissociables, Selwyn étant connu pour avoir répliqué à un bourreau qui lui demandait si lui-même était du métier : « Oh non Monsieur, en aucun cas, je ne jouis de ce privilège. Je ne suis qu’un amateur ».

C’était, il me semble bien, à l’exécution de Damien en 1757 & ce jour-là, le public en avait pour son argent. Brûlé en plusieurs endroits du corps, « tenaillé » – c’est-à-dire que l’on arrachait des morceaux de chair avant de verser de la poix sur les plaies, puis enfin écartelé, le condamné aurait souffert plus de quarante-cinq minutes avant d’expirer, jambes et bras arrachés, traînés sanguinolents sur le pavé de Paris par des chevaux.

Il paraît que le bourreau – celui qui prit Selwyn pour l’un de ses collègues, fut particulièrement zélé cette fois-ci, mais peut-être l’avait-on payé, car les mauvaises langues du siècle prétendent que l’aristocrate anglais n’était pas un cas unique, qu’on louait fort cher des chambres aux fenêtres donnant sur la place de grève, où de riches bourgeois culbutaient des prostituées en levrette sur la rambarde des balcons pour profiter du spectacle.

Selwyn, quant à lui, préférait se frayer un chemin dans la foule à coups de canne, pour être au plus près de son plaisir, mais s’il l’avait désiré, il aurait eu largement les moyens de s’offrir l’hôtel en entier. Membre du célèbre Hellfire Club de Dashwood, sorte de rotary pour riches débauchés, Georges Auguste Selwyn était membre du parlement et l’ami intime d’un autre riche débauché, Horace Walpole, l’auteur de l’un des premiers romans noirs sur le marché du livre, le très connu et très mauvais Château d’Otrante. La correspondance de Walpole sera d’ailleurs la principale source des aphorismes déjà évoqués – ceux servant à annexer Pamela ou le Cognac, et d’anecdotes plus ou moins piquantes de ce genre : un ami de Selwyn, Lord Holland, connaissant ses penchants nécrophiles, lui aurait un jour envoyé ce billet : « Allez dire à M. Selwyn que je serais charmé de le voir si je suis encore vivant, et que s’il me trouve mort, ce sera sans doute lui qui sera charmé ».

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Georges Augustus Selwyn (1719-1791)

Dans un texte intitulé « Lycanthropie », José Giménez Corbatón le décrit en ces termes :

« Ce maniaque est le représentant le plus indigne de l’interminable collection d’anglais qui, par je ne sais quelle étrange anomalie sanguine, prennent plaisir, et même du plaisir sexuel à assister aux tortures et aux exécutions. Selwyn aimait ces spectacles tout comme il aimait la tendre enfance, qui était également l’objet de ses regards lascifs. C’était un dépravé de la pire espèce. Courtois, sympathique, ayant beaucoup de conversation, généreux avec ses amis, toujours prêt à faire toutes sortes de faveurs, mais collectionneur d’horreurs. Non seulement il assistait aux exécutions, mais il poussait le vice jusqu’à connaître les détails les plus minimes de la vie du condamné. Il était attiré par le cadavre des suicidés ou des victimes d’un crime, et il aimait étudier attentivement le corps d’un mort qu’il aurait fréquenté de son vivant ».

Comme attendu, la littérature s’emparera du personnage pour en faire un mythe, les frères Goncourt mettront en scène un Lord Selwyn sadique – mais qui doit sans doute plus au poète Swinburne qu’à notre enthousiaste des échafauds. Il inspirera également à Villiers de L’Isle Adam, l’un de ses contes intitulé Le convive des dernières fêtes. Il y est question d’un groupe d’amis qui font la rencontre en fin de beuverie d’un individu fort inquiétant, venu se payer une bonne tranche d’exécution dans la capitale. Les joyeux fêtards en ressortent tout dégrisés.

© Melmothia 2009

Illustration : Execution à Paris durant la Revolution française (détail), par Hulton Archive/Getty Images. Extrait du site Answers.com.

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